Digraphes du Gbe
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Bien que l’on puisse considérer l’alphabet des langues Gbe comme étant globalement phonologique, il y a un nombre réduit de sons qui n’y sont pas représentés (l’alphabet est alors qualifié de lacunaire) ; Et on a donc recours à des combinaisons de lettres spécifiques ou digrammes pour les représenter. [1] Il convient donc, chaque fois que l’on rencontre ces combinaisons, de ne pas les prononcer séparément, mais d’essayer de les lier au maximun [2]
labio-vélaires occlusives
Deux digrammes (ou consonnes complexes) commun(e)s aux langues Gbe (et même Kwa) sont les labio-vélaires occlusives :
la voisée ou sonore Gb-gb –/ɡ͡b/– dont il faut prononcer les lettres simultanément (le G ne sonne pas distinctement/séparément)
la sourde Kp-kp –/k͡p/– dont il faut prononcer les lettres simultanément (le G ne sonne pas distinctement/séparément)
| ajagbe | français |
|---|---|
| agbe | vie |
| cugbejɛ | jeune fille |
| egbe | herbe |
| egbɛ̄ | saleté |
| ekpa | clôture, haie |
| ekpe | pierre |
| ekpɛ̄ | sifflet |
| ekpo | dos |
| gbã | casser |
| gbe | refuser |
| gbɔ̃ | respirer, se reposer |
| kpe | se rendre vers, réunir |
| lagba | baobab |
Ces consonnes complexes peuvent effrayer à cause de l’accumulation de consonnes qu’elles peuvent provoquer. [3] mais rien de bien difficile on fois qu’on connaît les bases.
| ajagbe | français |
|---|---|
| agble | culture (champêtre) |
| agblɔ | découragement |
| egbla | lutte |
| egblɛ̄ | boule d’akassa |
| ekplɔ̃ | table |
| kpla | apprendre |
palatales
Deux autres digrammes (ou consonnes complexes) que l’on rencontre dans les langues Gbe et d’autres langues africaines, sont les palatales :
Ɖy-ɖy –/ɗ/– rétroflexe palatalisée ou rétro-palatale, noté dans d’autres alphabets : ḍ, đ, t
ce son, attesté en adja, n’existe pas en français.
Ny-ny –/ɲ/– occlusive nasale palentale, noté dans d’autres alphabets : gn, ň, ñ, ń, ni, nj, nn
il se prononce comme le « gn français » de pagne ou le « ny anglais/catalan » de canyon ou le « ñ espagnol —notation du père Harguindéguy » [4] de año...
| ajagbe | français |
|---|---|
| aɖyi | savon |
| ɖyiɖɔ | urine, paresse |
| ɖyika | contestation, discussion |
| eɖyi, eɖyu | saleté |
| enyɛ̀ | moi, je |
| kaɖyi | interdire, refuser quelque chose à quelqu’un |
| nya | savoir |
| nyà | laver, faire la lessive |
| nyɛ̀ (mi) | chier, déféquer |
| nyi | être |
| nyina | être mauvais, vilain |
| nyɔ̀ | (se) réveiller |
Il a été proposé en 1982, dans la seconde mouture de l’Alphabet Africain de Référence, les lettres équivalentes de l’alphabet phonétique : Ɗ-ɗ et Ɲ-ɲ respectivement pour ɖy et ny. [5]
Cependant, leur arrivée tardive fait qu’ils ne sont quasiment pas utilisés (sauf par certains spécialistes), d’autres habitudes étant déjà perpétuées.
Rappel : Cette consonne est nasale, et donc qu’il n’est pas nécessaire de marquer encore la nasalité dans sa syllabe...
Il y a d’autres cas (moins fréquents) de palatalisation ; la règle est d’adjoindre un y à la consonne palatalisée...
| ajagbe | français |
|---|---|
| bya | mûr, rouge |
| byɔ | demander, quémander |
| ecyɔ | cercueil, deuil |
| efyɔ | roi, monarque |
| fyɔfyɔ | chaleur |
| myɔ̀ | fermer (les yeux) |
post-alvéolaire (chuintantes)
Deux autres digrammes (ou consonnes complexes) que l’on rencontre dans la langue adja
[6], sont les post-alvéolaire :
Sh-sh pour le « esh » –/ʃ/– (ex. de mot anglais : sherif) - a aussi différentes notations selon la langue : ch, š, ŝ, ş, sch, sh, si, sk, sj, sz, x
Zh-zh pour le « ezh » –/Ʒ/– - noté selon la langue : g, j, ž, ż, zh
c’est le pendant sonore de la rétroflexe chuintante sourde sh. [7]
| ajagbe | français |
|---|---|
| ahazhukpɔ̃ | 1ères gouttes de vin de palme jusqu’au 6ème jour |
| ashi | main |
| azha | fiançailles |
| azhi | manières |
| azhĩ | arachide |
| esha | sang, drapeau |
| eshi | eau |
| ezhĩ | affût, cachot |
| ŋshĩshĩ | pitié |
| sha | montrer, prouver |
| shĩ | grandir |
| shikɔ | soif |
| shive | faim |
| shisrenu | alun |
| zhã | être obligé de |
| zhi | attacher (boule d’akassa) |
| zhĩgidi | bruit |
| zhĩkpĩ | siège, chaise |
Bien qu’utilisé depuis longtemps par des linguistes (années 1920) et officiellement adoptés par beaucoup de pays dont le Bénin, les symboles des chuintantes coronales ne sont pas utilisés en pratique et on leur préfère ces transcriptions (y compris dans des documents officiels, ce qui en fait une norme d’usage). Je trouve que cela est une bonne chose dans la mesure où les sons représentés par ces digrammes apparaissent dans peu de mots et qu’il n’est donc pas nécessaire de charger l’alphabet avec des symboles supplémentaires (remarque qui vaut aussi pour le engamma).
labio-spirantes et affriquées en ewé
La langue éwé semble être la seule langue gbé à utiliser des labiales spirantes (Ƒ-ƒ –bilabiale /ɸ/– et Ʋ-ʋ –labio-dentale /β/)
Au vu de leur fréquence d’usage, j’aurais préconisé pour ma part de les noter par les digraphes Fh-fh et Vh-vh...
[8]afin de ne pas surcharger l’alphabet de ces deux symboles. Ceci dit, elles ont des fréquences d’apparition plus élevées que les chuintant es en adja...
Concernant l’éwé toujours, on note aussi que les affriquées n’y sont pas toujours prononcées de façon post-alvéolaire (c –/t͡ʃ/– et j –/d͡ʒ/), mais alvéolaire (Ts-ts –/t͡s/– et Dz-dz –/d͡z/) par endroits :
Le premier (Ts-ts) correspond à la lettre cyrillique ц ou au c espéranto, comme dans les mots tsar et tsé-tsé.
Le second (Dz-dz) correspond au дз de l’ukrainien ou au zz central italien, comme dans les mots mezzo, rozzo et pizza.
Ces sons ne sont pas notés avec les ligatures équivalentes existantes (ʦ-ʦ et ʣ-ʣ) ; mais au moyen de digrammes.
Lors du Séminaire sous-régional sur l’harmonisation des alphabets tenu en septembre 1977, ainsi que suite au Colloque International sur les civilisations Aja-Ewe en décembre 1977, il a été proposé de remplacer ts-Ts et dz-Dz respectivement par c-C et j-J qui ne sont pas utilisés dans la langue. [9]
Mais les habitudes sont trop ancrées pour qu’on puisse espérer l’application d’un tel remaniement dans le système d’écriture... Par ailleurs, l’équivalence n’est vraiment avérée que devant le i-i
[10]
et quelques fois devant E-e ou Ɔ-ɔ ; dans les autres cas, la prononciation est vraiment différente. [11]
| eʋegbe /ˈɛβɛɡ͡bɛ/ | evhegbe | français |
|---|---|---|
| amatsi /’əmətʃɪ/, atike /’ətɪkɛ/ | amaci, atikɛ | médicament |
| Dzodze /’dʒəʊdʒɛ/ | Jeujɛ | février |
| Dzome /’dʒəʊmɛ/ | Jaumɛ | décembre |
| Dzove /’dʒo.vɛ/ | Jovɛ | janvier |
labio-vélaires
Les vélaires, occlusives (k & g) et fricatives (x & ɣ) et même nasales subissent souvent une labialisation et doivent être notés suivis de w et non u comme on peut hélas le rencontrer parfois : kw, gw, xw, ɣw, ŋw. Il s’agit en effet d’un seul son même s’il peut sembler autrement à l’oreille d’une personne peu avertie. La labialisation peut se produire (moins courant) avec d’autres consonnes et est plus fréquent en fon.
| ajagbe | français |
|---|---|
| abwi | piqure |
| axwe | maison |
| dodwi | de valeur, de qualité |
| xwii | tranquilement |
etc.
Pour d’autres langues (concerne essentiellement les dentales et les vélaires), on retrouve aussi ces transcriptions anglaises ou galloises usuelles (lettre h précédée d’une lettre qui rappelle le symbole phonétique remplacé, ou/et le caractère le plus proche représentant le son) :
- Th-th pour le « eth » –/θ/–
- Dh-dh (ou dd) pour le « edh » –/ð/–
- Gh-gh pour le « engamma » –/ɣ/–
- Kh-kh pour le « chi » –/χ/–
- Ng-ng pour le « eng » –/ŋ/– (ex. de mot anglais : ring)
- etc. [12]
Le même phénomène arrive ponctuellement lors de la transcription dans des langues qui ne possèdent pas le son en question ou quand le caractère requis n’est pas accessible.
Il peut être utile de connaitre les deux notations pour pouvoir lire certains textes.
[1] Par decret n° 75-272 du 24 octobre 1975, le Bénin a adopté un alphabet national, où elle a opté pour les digraphes kp, gb, ny, sh...
[2] comme on le ferait avec les consonnes suivie de la lettre “r” -br, cr, dr, fr, gr, jr, kr, pr, sr, tr, vr, zr- ou de la lettre “l” -bl, cl, fl, gl, hl, kl, ml, pl, tl, vl, wl, zl- : il ne faut donc pas prononcer rugby comme d’habitude...
[3] c’est le même effet psychologique qui fait qu’on trouve, de prime abord, l’allemand ou le polonais difficile quand on n’a connu que des langues latines.
[4] bien que cette lettre soit à la base un « nn » -en fait, en plus d’être doublé/rallongé, il est un peu nasalisé, et de ce fait s’entend comme le « gn portugais/occitan »
[5] Le cas de "ny" est intéressant dans la mesure où on peut le rencontrer même dans des alphabets où sont présents et utilisés les caractères adéquats, dont le « n empatté gauche ». En effet, les écritures africaines ne sont pas strictement phonétiques, mais phonologiques... Or, en bambara par exemple, on aura bonya car ce mot dérive de bon par ajout du suffixe ya...
[6] et dans d’autres langues africaines ; mais pas en éwé et fon qui ne connaissent pas de chuintante post-alvéolaire (sh –/ʃ/– et zh –/Ʒ/ !)
[7] le cas de ce son est interessant parce-que absent de beaucoup de langues ; sa présence en Aja est déroutante et elle a été noté par un un j avec une barre souscrite (j̱) par le père Harguideguy à la mission d’Azové, et il a été noté par j barré (ɟ) par le Cercle Akomabu de l’Université du Bénin, avant que la Commission Nationale Linguistique du Bénin n’adopte le symbole phonétique ezh (Ʒ) correspondant. Il est à noter cependant, que les pays/langues africains/africaines ayant ce son et notant j-J le /ʤ/ et sh-Sh le /ʃ/, notent zh-Zh (ou z-Z avec une diacritique) le /ʒ/ !
[8] il est à noter une correspondance quasi-systématique dans les emprunts faits par le Mina : ƒ→P & ʋ→h & ɣ→w !
[9] Conventions utilisées par d’autres alphabets africains : C en avokaya, lele, lugbara, mündü ; J en adioukrou, avokaya, lele, lugbara, mündü, podoko, tarok ; etc.
[10] Quoique ...ça ressemble plutôt à une palatalisation : dz+i→dy & ts+i→ty ...
[11] La chose est flagrante dans les emprunts que l’on retrouve en Mina avec une correspondance quasi-systématique : dz+i/e→j+i/e ; dzr+o→jr+o ; dz+a/ɛ/ɔ/u→z+a/ɛ/ɔ/u & ts+i/ɔ→c+i/ɔ ; ts+a/ɛ/o/u→s+a/ɛ/o/u !
[12] Par contre pas : wh pour le « hwair » –/ʍ/–, mais w ; ph pour le /f/, mais f ; ch pour /t͡ʃ/, mais c.



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