Tons et allongements en Gbe

mardi 6 mai 2008
par  ʒildas kɔtɔmalɛ

La plupart des langues africaines et asiatiques sont des langues tonales. Ceci est vrai pour l’adja : selon le ton posé sur un mot il aura une certaine signification ou une autre [1]... C’est aussi l’emplacement des tons qui font la différence entre l’adja et le mina par exemple.

Les tons y jouant un rôle très important, ils ne doivent pas être négligés [2].

mā má mǎ mà
Exemple (ma) avec 4 tons : mi-moyen, haut, descendant-montant, bas.

Plus précisement, il s’agit de langues à registre : les syllabes y ont des hauteurs distinctes et opposables ; peu importe le point de départ et peu importent les inflexions de la voix.
On distingue cinq tons ponctuels et quatre tons modulés qui se ramènent en pratique à six. Ils sont signalés au moyen d’accent sur les voyelles des syllabes auxquelles ils s’appliquent

tons ponctuels

Les langues de la côte ouest-africaine possèdent au moins « trois registres : soit la voix est aiguë (accent aigu dans la notation), soit elle est moyenne (aucune notation), soit basse (accent grave dans la notation), quelle que soit la hauteur effective. Il suffit de prononcer plus ou moins aigu, peu importe le point de départ et peu importent les inflexions de la voix. »

les différents tons ponctuels
ton notation (accent) astuce de prononciation et remarques
0
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ton moyen
(neutre constant)
sans marque/accent : garder le buste et la tête bien droits pour le prononcer... c’est le ton de référence.
1 ou 9
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ton haut
(montant)
accent aigu : ◌́ garder le buste droit et lever légèrement la tête puis prononcer de façon plus aiguë...
2 ou 10
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ton bas
(descendant)
accent grave : ◌̀ garder le buste droite et baisser légèrement la tête puis prononcer de façon plus grave/basse...
4 ou 12 2 intermédiaires entre : mi-bas &
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mi-haut
(neutre haut)
(si nécessaire) macron : ◌̄ garder le buste et la tête droits, mais (inspirer et) hausser les épaules, ou (si on est debout) commencer à se hisser sur les pieds pour le prononcer

Ces deux derniers tons ne sont en général pas marqués, sauf dans des cas particuliers comme pour le démonstratif toi (wo͂, ewo͂) afin de le distinguer du morphème de pluralisation (wo)

Cette notation par des accents permet de couvrir tous les cas de figure. On a en pratique :

lettres accentuées
a e ɛ i o ɔ u
A E Ɛ I O Ɔ U
◌́ á é ɛ́ í ó ɔ́ ú
Á É Ɛ́ Í Ó Ɔ́ Ú
◌̀ à è ɛ̀ ì ò ɔ̀ ù
À È Ɛ̀ Ì Ò Ɔ̀ Ù
◌̄ ā ē ɛ̄ ī ō ɔ̄ ū
Ā Ē Ɛ̄ Ī Ō Ɔ̄ Ū

En comparant grossièrement avec la langue française :

tonpointexemple
haut d’interrogation
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sa vá
bas final
MP3 - 18 ko
sa và
mi-haut d’exclamation

La différence avec le français où ces intonations se répartissent sur toute la phrase, est que en adja chaque syllabe a un ton et qu’il est donc important de respecter le rythme du mot pour ne pas faire de contre-sens. [3]

Ça parait un peu compliqué de prime abord, mais avec un peu d’entrainement ça devient automatique.

ajagbefrançais
ahù ignorance
avà grenier
awù chemise
bàŋ façon de s’assoire d’une grosse personne
(se) cacher
blùblù trouble
cùcú essuyer, nettoyer
ɖà préparer, cuisiner
ɖɔ̀ changer
ɖù manger
e tu
é il
edɔ̀ maladie
eɖɔ̀ filet
éɣî blanc
elè bénéfice
enɛ̀ quatre
enɔ̀ mère, femelle
fàfá fraicheur, refroidi, paix
fafɛ́ ombre
terminer, exterminer, mettre fin à
ɣà nettoyer (sueur)
keke vélo
kéké tellement (que)
klè être faible, débile
kɔlú fumier
puiser
kùtú manioc
mi vous
qui ?
nous
crouler, tomber, faire tomber
Boire
ŋkɔ́ nom
ŋkɔ̀ devant
pàŋ bruit d’une giffle
pàŋpàŋ sauce blanche
préŋ tout, tous
vendre
safuxué ministère
sásá autrefois
sɔ̀sɔ́ départ
srè diluer, couler
tèté saut
tɔ̀tɔ̀ réponse (à un appel)
trà trier
vavá arrivée, venue
vovò liberté
xèxé monde, univers, société
chicoter, fouetter
aller
yɔ̀ fumer
aplanir, planifier
insulter
zùzú insulte

tons modulés

Les tons ponctuels sont toujours brefs et ne concernent que le changement de hauteur musicale de la syllabe, tandis que les tons modulés ont en même temps modification de la hauteur musicale en passant d’un registre à un autre et modulation !

les différents tons modulés
ton notation (accent) astuce de prononciation et remarques
3bis ou 11
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montant-descendant
(modulation descendante basse)
accent circonflexe : ◌̂ montant légèrement puis redescendant
3
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descendant-montant
(modulation montante haute)
caron ou hatchek ou anti-circonflexe : ◌̌ (à ne pas confondre avec la brève ◌̆ qui est parfois utilisé à la place quand on n’as pas accès aux bons caractères) descendant légèrement puis remontant
6 & 6bis ou 14 bas-moyen & moyen-bas combinaison macron et accent grave : ◌᷅ & ◌᷆ distinction subtile rarement marquée (prononciations régionnales/dialectales) ou alors comme des allongements
5 & 5bis ou 13 haut-moyen & moyen-haut combinaison macron et accent aigu : ◌᷇ & ◌᷄

Tous les cas de figure sont également couverts. Pour ce qui concerne la langue adja, on a en pratique :

lettres accentuées
◌̌ ɛ̌ ɔ̌
Ɛ̌ Ɔ̌
◌̂ ɛ̂ ɔ̂
Ɛ̂ Ɔ̂

un tout petit peu de vocabulaire :

ajagbefrançais
óxô quand même.. !
ahã̂ n’est-ce pas ?
vraiment...

Les tons modulés sont parfois [4] notés comme une combinaison de tons ponctuels.  [5]

  • ◌̂ (11/3bis) = ◌́ ◌̀ (9+2) : haut→bas (modulation descendante basse) ;
  • ◌̌ (3) = ◌̀ ◌́ (2+1) : bas→haut (modulation montante haute) ;
  • ◌᷅ (14/6bis) = ◌̀ ◌̄ (10+4) : bas→médian (modulation montante basse) ;
  • ◌᷆ (6) = ◌̄ ◌̀ (4+2) : médian→bas ;
  • ◌᷇ (13/5bis) = ◌́ ◌̄ (9+4) : haut→médian ;
  • ◌᷄ (5) = ◌̄ ◌́ (4+2) : médian→haut ;

Cette façon de faire, malgré son défaut/ambiguité [6], a l’avantage d’être économe en signes... [7] et se justifie pour les mots composés [8] en plus d’être pratique en adja pour indiquer plus lisiblement les tons sur les voyelles nasales.

On a donc, en pratique :

  • áã́ã̀ ou ahɛ̃́ɛ̃̀ au lieu de ahã̂ ou ahɛ̃̂ : n’est-ce pas ?
  • óxóò ou óxòxóò au lieu de óxô ou óxòxô : quand même.. !

Dans l’orthographe courante, on ne marquera les tons sur les voyelles nasalisées et allongées que s’il y a risque de confusion avec un autre mot ; ce qui, au passage, est plutôt rare. On a donc simplement :

  • oxoo, oxoxoo
  • àhãã, ahãã : n’est-ce pas ?
  • àhɛ̃ɛ̃, ahɛ̃ɛ̃ : acquiescement

Les allongements proprement dits

L’allongement se marque par le redoublement de la voyelle à allonger. [9]
Exemples :

ajagbefrançais
ɖáá /ɖá :/ là-bas
ɖóó /ɖó :/ car
ɖúú /ɖú :/ sûrement, certainement
kaaka /ka:ka/ tout de suite, sur le champ
kpúú /k͡pú :/ tranquillement, tranquille
sabàà /sabà :/ peu après, dans peu de temps
vɔɔ /vɔ :/ mais

On peut allonger à volonté et ce, suivant l’état d’esprit du sujet parlant. [10]
Exemples :

ajagbefrançais
é ɖu nu keké xodu to ni goɖùùùù il a tellement mangé que son ventre est grossièrement sorti
é ke nu ɖɛ yɔ̀ɔ̀ɔ̀ɔ̀ɔ̀ il a niaisement ouvert la bouche

[1] Le site Fon is fun le dit bien : C’est amusant de voir comme un léger changement d’accent sur une voyelle rend deux mots différents alors qu’ils semblent identiques à une oreille peu entrainée.

[2] Le site Langues Africaines explique bien la chose : « Le fongbe se caractérise par une phonologie et une tonologie complexes. Les tons jouent un rôle important car, souvent, les racines des mots sont monosyllabiques et donc de nombreuses séries homophoniques ne se distinguent que par le ton. »

[3] en effet, sans les tons on a beaucoup trop de mots qui se ressemblerait et chaque échange serait un quiproquo...

[4] Cela est une règle systématique en yoruba ; en fon cela ne concerne que les moins courants ou les mots composés ; en adja, cela s’applique essentiellement aux mots composés et aux allongements.

[5] Cette notation des tons modulés est assez gênante puisqu’elle laisse croire qu’il y a plusieurs phonèmes à la suite, comme dans un allongement. alors qu’il n’y en a qu’un seul, de même durée qu’une voyelle quelconque.

[6] cf. note précédante

[7] Notamment pour des tons plus complexes comme ◌́ ◌̀ ◌́ ou ◌̀ ◌́ ◌̀ par exemple.

[8] les langues gbé, sont aglutinantes.

[9] Les langues gbé étant des langues syllabiques, il s’agit bien d’allongement. Ainsi par exemple, “oo” se prononcera « ôhh » et pas comme en japonnais « oh-oh » ! (raison pour laquelle, l’allongement en rōmaji est plutôt noté par un macron ou une circonflexe sur la voyelle allongée.)

[10] Attention quand même à ne pas trop en faire : dès la quatrième répétition, on comprend que le locuteur ne s’arrête qu’à bout de souffle ; et trois fois indique que c’est allongement un peu plus long que d’habitude, indiquant un état excessif.


Documents joints

mā má mǎ mà
mā má mǎ mà
Exemple (ma) avec 4 tons : mi-moyen, haut, descendant-montant, bas.
vavá
vavá
fafɛ́
fafɛ́
elè
elè
sásá
sásá
zà

Commentaires

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mercredi 21 mai 2008 à 13h30 - par  ʒildas kɔtɔmalɛ

à cette étape, il est nécessaire d’être accompagné par un locuteur natif. il s’agit d’un travail d’éducation de l’oreille (que font les locuteurs natifs dans les premiers mois de leur vie)

en attendant que d’autres ressources soient disponibles sur le site, et quand on ne peut pas être épaulé par quelqu’un, je recommande de se baser sur d’autres langues présentant cette caractéristique (le Mandarin par exemple).

Logo de Olga Kouessi
lundi 12 mai 2008 à 21h00 - par  Olga Kouessi

En effet pas évident du tout. Est-il possible de saisir cette subtilité pour une langue qui n’est pas maternelle ?
Ou en êtes vous des cours ?

Logo de ʒildas kɔtɔmalɛ
lundi 12 mai 2008 à 15h54 - par  ʒildas kɔtɔmalɛ

C’est vrai que pour la plupart des occidentaux, les tons restent l’une des plus grandes difficultés : ce n’est pas l’intonation... mais quelque chose de plus subtile à appréhender (et pourtant fondamental pour éviter les contre-sens) et de plus musical... :-)

On voit aussi que la langue Aja est l’une des plus riches des langues Gbe : outre le fait d’avoir beaucoup plus de sons que ses consoeurs, elle a aussi beaucoup plus de tons (6 en tout, contre 4 en fon ou 5 en mandarin). Mais c’est loin d’être le plus complexe pour ce dernier aspect : la langue Dong taquine beaucoup plus avec ses 12 à 15 tons !