diverses considérations orthographiques

dimanche 6 juillet 2008
par  ʒildas kɔtɔmalɛ

cas R-r

Contrairement à un lieu commun, les langues Gbé ne connaissent pas de vibrante ! Il n’y a pas de lettre R-r à proprement parler dans l’alphabet de ces langues...

Une observation des mots des langues fait remarquer qu’aucun mot ne commence par cette lettre ; et les rares (en pourcentage) qui les contiennent peuvent les remplacer par L-l...

quelques cas de double orthographies
fɔngbefrançais
àslɔ́/àsrɔ́ pomme sauvage
Hunjlo/Hunjro marché centrale d’Abomey
flan/fran franc (pièce/monnaie)
tlala/trala beaucoup, très, extrêmement
tlɛ́/trɛ́ coller
tlɛnɔ̀/trɛnɔ̀ célibataire
tlolo/trolo sur le champ, tout de suite
tlɔlɔ̀/trɔlɔ̀, tlélé/trélé droit
ylɔ̌/yrɔ̌ appeler, attirer

On constate d’ailleurs que les plus anciens, qui n’ont pas été scolarisés (et plus précisément n’ont presque pas eu de contact avec la langue coloniale), ne savent pas prononcer le R-r qui devient H-h(l) ou L-l(h) : hladio, hlut, Malhi, Hlɛmɔn, etc. De plus en plus de linguistes s’accordent à reconnaitre que la notation R-r est un allophone de L-l.. !

Cette erreur est simplement due à la méconnaissance de la langue par les premiers qui l’ont retranscrit... Ensuite, c’est resté car la différence est très subtile : en effet, avec D-d/J-j/P-p/T-t, le positionnement de la langue fait qu’on a tendance à la battre plus latéralement —/ɺ/— (ce qui sonne comme une roulée [1]).
Fort de cela, nous ne pouvons qu’approuver le père Jean Rassinoux quand il remplace les R-r par des L-l dans son dictionnaire français-fon...

La prononciation légèrement roulée —/ʁ/— (ou parfois complètement —/r/—) est cependant de plus en plus fréquente du fait du contact prolongé avec les langues coloniales dont on a d’ailleurs importé un certain nombre de mots ; comme (pour le fon et l’adja) : griya (grillade), lɛtriki (électricité), etc.
Les emprunts sont particulièrement importants en éwé qui s’en trouve actuellement envahi (alors que les équivalents existent la plupart du temps), sans que les locuteurs le ressentent ainsi.

quelques mots importés
eʋegbeoriginefrançais
batrì anglais (battery) batterie, pile
brɛɖi anglais (bread) pain
brɛkì anglais (break) frein
biro français bureau
butrù anglais (butter) beurre
drivà anglais (driver) chauffeur, conducteur
drɔ̃̀ anglais (draw/drawn) tiroir, armoir
fesrè allemand (fenster) fenêtre
frã français franc (devise)
frí anglais (free) sorti d’apprentissage
frimi anglais (frame) cadre de porte
kàro français carreau
làtrikì anglais (electric) électricité, électrique
ràdio français poste radiophonique
rezà anglais (razor) rasoir
rɔbà anglais (ruber) plastique
tèlègram français télégramme
tre àyè anglais (try) être rusé

cas P-p

Contrairement à un lieu commun, les langues Gbé n’ont pas d’occlusive bilabiale sourde...

On remarque, dans la plupart des documents coloniaux, que le Kp-kp se transforme simplement en P-p, plus facile à prononcer pour les non natifs qui transcrivaient les noms : Apity, Aplogan, Atapamé, Hounpatin, Palimé, Pando, Pobè, Posotomé, Poyizoun, Parakou ? etc.
C’est par ce même phénomène (mauvaise audition et/ou incapacité à prononcer correctement) que Gb-gb s’est parfois transformé en B-b (bien qu’ici, il existe bien une opposition effective dans les mots ; mais pas forcément au niveau des noms propres) : Abo, Abomey, Béhanzin, Bohicon, Tébésou, etc.

Bien sûr, il y a quelques mots commençant ou contenant P-p ; mais ce sont des mots importés de la colonisation, ou des idéophones (sortes d’onomatopées très courantes) datant de l’époque

des mots issus du contact avec l’Europe
fɔngbeoriginefrançais
pádrì portugais père (pour un prêtre)
pákì/pás(í)kwà français Pâques (jour ou fête)
pápà portugais Le Pape
pagáwùn portugais païen(ne)
penɛ́ɛ̀n français pneu
pɛ́ɛ̀n français pain
pɛntekótù français Pentecôte
piláa portugais pilier/colonne/borne
pípàn onomatopée autorail/train
pɔ́ɔ̀ anglais ? onomatopée poudre de toilette
polísì français police
polítíkì français politique
pósù français la poste
pyapyà onomatopé avec beaucoup de vapeur

Les emprunts sont nombreux et proviennent des langues des peuples avec lesquels il y a eu des interactions sur une très longue période (se compte en siècle) ; mais cela ne signifie pas pour autant (contrairement à ce que certains croient) qu’il n’existe pas de mot local pour désigner la même réalité

des mots issus du contact avec l’Europe
eʋegbeoriginefrançais
klópɔtù anglais (coal-pot) fourneau à charbon
kɔpò anglais (cup) gobelet, verre
panì anglais (pan) casserole
pawà anglais (power) force, pouvoir, puissance
pepà anglais (paper) papier
pètrô anglais (petrol) essence
posù anglais (post-office) la poste
potò-màntô français porte-manteau
pɔɖà anglais (powder) poudre de toilette
pɔmpì français pompe
sopà portugais (soupe) soupe, sorte de sauce
stampò anglais (stamp) timbre poste

palatalisation et labialisation

Voici un point sur lequel il convient d’attirer l’attention : faut-il écrire : bia ou bya, fia ou fya, bui ou bwi, fui ou fwi, etc ? Les deux orthographes se rencontrent sans qu’on sache toujours ce qui est juste... Semi-voyelles semi-consonnes


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[1] noter, au passage, la difficulté qu’on a parfois à prononcer atlantique...


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